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 On ne plaint jamais assez les petits enfants riches

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Alessandr0
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MessageSujet: On ne plaint jamais assez les petits enfants riches   Ven 09 Sep 2011, 14:03

Ambiance mentale


Vendredi neuf septembre mil-quatre-cent-cinquante-neuf. J'ouvre les yeux avant le soleil. Comme d'habitude. Dans ma chambre, personne ; que mon chien sur la peau d'ours qui me sert de descente de lit. Mes yeux pleurent et mes muscles sont douloureux.

Je me lève et m'assied sur le grand lit à baldaquin. Mon dos me fait mal. Comme d'habitude. Ma gorge est sèche et un lutin semble s'être installé dans mon crâne. Il y fait de la forge, m'imprimant chaque battement de marteau dans les tempes. Je me lève, change de chemise et enfile mes braies.

Mes genoux tombent tous seuls devant la croix, mes mains se joignent. Mes lèvres articulent les mots que je ne saurais sans doute pas prononcer consciemment. Pardon ô mon Créateur. Pardon et merci. Que Ta volonté soit faite mais soutient le bras de Ton serviteur. Aie pitié de mon père. Ma vie T'appartient. J'ai peur. J'ai mal. Oui, je gouvernerai
ad tuandum, non ad dominandum. Ameno, Dominum.

Il faut se lever et faire les exercices quotidiens. Je bois d'abord un gobelet de vin épicé, pour recouvrir les épines de ma gorge d'un voile de coton. Puis je fais mes étirements. Je prend mon épée à deux mains et je la soulève à hauteur de mon front, puis je l'abaisse jusqu'à ma ceinture. Je continue jusqu'à ce que mes muscles soient chauds et baignés de sueur. Ca y est, je suis près.

Je sors de la chambre à pieds nus pour gagner le scriptorium. À genoux, je relis une page du Livre des Vertus, un poème de Virgile, puis un chapitre des campagnes de Jules César, jusqu'à ce que chaque mot soit gravé dans ma chair comme mon propre nom. Pendant ce temps, mes gens ont préparé le repas. Je grignote les quelques olives qui accompagnent mon oignon. Les poivrons, fondant dans leur sucre, me mettent du baume au coeur. Je me chausse et je sors.

La soleil commence à chasser l'humidité de la nuit. Giordano m'attend. Sans un mot, je commence à courir avec lui. Aujourd'hui, je ne ferai que deux kilomètres. Quand enfin j'arrive, les poumons brûlants, le soleil commence à taper. Giordano me tend mon épée, sans un mot. Il n'est jamais causant, le matin. Il m'aide à enfiler mon armure. Mon maître d'armes n'est plus le sénéchal de la garde marquisale, Valmeu. Le nouveau est une espèce de routier brun, mal rasé, avec un accent helvète. Un vrai malade, avec une prédilection pour la hache. Il se jete sur moi sans prévenir et me bombarde de coups. Je repousse ses deux premiers assauts et me rend au troisième. Ce sadique m'a déjà luxé l'épaule une fois, je ne tiens pas à renouveller l'expérience. Il ricane bêtement. Pour lui, ça ne fait pas deux points à un, j'ai juste perdu à la fin. Je passe le reste de la matinée à abattre des arbres, pour mieux me familiariser au maniement de la hache. Ce n'est pas une arme très noble, mais elle est efficace.

Je rentre chez moi. Mère travaille déjà à l'université, les petits se chamaillent dans les jupons de la nourrice. Giacomo a l'âge que j'avais lorsque père est mort. Lorsque je suis devenu patriarche. Douze ans. Lui, se contente d'ennuyer les filles et de donner un coup de main à la cuisine. J'aurais du l'envoyer comme page quelque part, mais les seuls nobles susceptibles de lui servir d'exemples sont nos ennemis, ou habitent fort loin. Mère ne me le pardonnerait pas. Marina a parait-il encore gratifié un garçon d'un oeil au beurre noir. Il aurait osé dire qu'elle n'avait pas de seins. Douze ans, elle aussi, mais pas prête à se marier. Pourtant, elle a l'âge.

Le bain est tiède. Marìa, la nourrice, me frotte le dos en me racontant les derniers potins. Je la sidère en lui apprenant que j'ai couché avec mes deux premières filles, en une semaine. Elle ne dira rien à mère, mais ne sait trop si elle doit me taquiner fièrement, ou me sermonner gentiment. Je n'en ai cure. Je ne lui dis pas que je suis amoureux de l'une d'elle. Je suis un homme, maintenant. Ne pas avoir de poils sur le torse ou ailleurs n'a pas vraiment d'importance. Je suis déjà plus grand que père ne l'était. De partout, d'ailleurs. Je me rhabille, croque une pomme, une patte de chèvre, avale trois gobelets de saugée.

Les écuries sentent toujours aussi bon. J'aimerais chevaucher Prode, mon préféré, mais je ne peux pas : un de mes camargues doit être monté pour apprendre la confiance. J'espère qu'il s'habituera assez vite pour déjà me permettre de tirer à l'arc sur son dos. La journée est loin d'être finie : le soir, il faudra étudier, écouter, apprendre par coeur des textes, des dates, des lois, des noms. Je ne veux pas dormir seul, ce soir.

Si seulement les gens pouvaient arrêter de me manquer de respect. Ils n'ont vraiment aucune idée de ce qu'est ma vie. Pourtant, j'ai presque envie qu'ils le fassent, qu'ils acceptent de me défier. Envie de tuer, de détruire, au lieu de passer mes journées à construire ce que d'autres tenteront de détruire, juste par plaisir sadique ou égoïste. Serais-je capable d'être juste, lorsque je serai prince ? Serais-je capable de ne pas me venger. Il le faudra bien.

Benedictus Dominus méus qui docet manos meos ad praelium et digitos meos ad bellum.
Béni soit mon Seigneur qui forge mes mains au combat et mes doigts à la guerre.
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MessageSujet: Re: On ne plaint jamais assez les petits enfants riches   Ven 09 Sep 2011, 14:59

Le Ciel est ouvert au-dessus de ma tête. Ouvert, mais bleu. La mer, au bas de la falaise, est verte et oublieuse. Elle oublie parfois de recracher les marins qu'elle avale. J'aimerais bien qu'elle m'avale et qu'on m'oublie.

Mais non, personne ne semble vouloir m'oublier. Les Franc-maçons m'ont encore écrit, ce matin. La Source doit manquer de commandes. Par contre, nombre de courriers que j'ai envoyés sont restés sans réponse. Les gens se demandent parfois pourquoi ils ont été choisis.

Moi, je n'ai pas été choisi. Je suis juste né le premier et, pour mon malheur, je suis né mâle. Alors, je n'ai jamais connu comme jeux que les échecs, l'arc, la lance et les chevaux. Les promenades dans les bois pour enseigner les escarmouches, les ballades en plaine pour évoquer Azincourt, Poitiers ou les champs Catalauniques.

Je suis allongé dans l'herbe, offrant mon armure aux caresses de l'astre du jour, les bras croisés derrière ma nuque. Je réchauffe ma jeune carcasse en sachant qu'un jour je la meutrirai. Je l'offrirai au tranchant du fer. Des flèches la transperçeront. Des flammes, de la neige, de la pluie, de la glace, de la boue. Tant de haine qu'il lui faudra supporter tranquillement, avec le sourire. Un Dux Bellorum, un chef de guerre, ne doit jamais perdre son sourire devant l'adversité. On m'a enseigné à sourire sous les coups de bâtons, nu et agenouillé devant mon instructeur. J'avais dix ans.

Je supporte moins bien les injures, l'irrespect et les injustices. C'est pourtant mon lot quotidien. Je n'arrive pas à m'y habituer. Il parait que c'est une bonne chose, car un Prince ne doit jamais tolérer l'injustice. Le premier ordre du chevalier est de ne jamais se laisser frapper sans réagir. On peut compter sur moi pour ça.

Les oiseaux chantent. Je siffle en immitant le rossignol, comme on me l'a apprit. Moi, dans la vie, j'aurais voulu devenir poète. Je serai prince, parce que je le dois. Tant d'autres veulent devenir dirigeants et devraient rester paysans... moi, je voudrais garder une vie simple. Mais comme je le lis chaque jour sur ma cheminée :
No alerternativa, només obligacions. Un De L'Escala n'a pas de choix, seulement des devoirs. Saleté de devise.

Je suis né près de Lyon, en chemin vers la Normandie. Les jumeaux sont nés dans la famille, là-bas. Je croyais que mon père était fou quand il disait que chez lui, chez nous, on pouvait se baigner même en hiver, sans perdre un orteil. Voir la mer, immense et plus paisible qu'au Nord, me marqua à vie. Je devins rapidement un marin d'exception. C'est comme ça qu'un jour, quand je du commencer à travailler, je devins amiral. Mais ceci est une autre histoire...

Francesc crie mon nom. Il m'appelle "seigneur", comme tous ceux qui savent. Les ignorants qui sont arrivés au pouvoir risquent de nuire au ravitaillement de mon escorte. Une Comtesse, qui a été tellement abusée par les ruses de mon père qu'elle est persuadée que mes armées n'existent pas, défend corps et âmes les pirates et les traîtres qui sapent l'autorité du comté et de la Couronne. C'est son droit, après tout. Mon père disait toujours qu'il ne mentait jamais quand les gens pouvaient avoir envie de ne pas croire la vérité. C'était plus économique que de mentir, et plus durable : il suffisait de répéter la même chose plusieurs fois, d'un air vaguement mystérieux, hautain et méprisant. Systématiquement, il n'était pas cru... et pouvait ainsi dissimuler jusqu'à huit lances sans effort. Il remontait ses armées plus loin, avec des surnuméraires, et disposa un jour de trois armées presque pleines, sans que personne n'y croit. Même quand des brigands ou des mercenaires me traitent avec un respect évident, aucune autorité n'y croit, à mes troupes. Combien a-t-il souffert, ce salaud de père, pour réussir à ce point un bluff aussi énorme ?

Je déteste mon père et je maudis son nom. Il n'a été ni très doux, ni très aimant. Mais globalement, il a été un bon père, juste et généreux. Et puis, c'était mon père. Donc, je l'aime. J'espère qu'il ne souffre pas sur la Lune pour ses crimes - pour ses sacrifices -. Je suis différent de lui, très différent. Mais je dois agir, prendre mes responsabilités, faire mon devoir. Je ne veux pas devenir comme lui. J'ai peur de devenir comme lui, par nécessité. Je me déteste déjà.

Mais qui plaint les petits enfants riches ? Qui songe à leur tendre les bras, à les consoler, au lieu de ne considérer leur attitude méprisante ? Personne, ou peu s'en faut. C'est dommage pour eux. Tant pis pour eux. Un jour, ils s'en mordront les doigts. Peut-être même n'aurais-je pas besoin de me venger : les voir se ronger les ongles en me craignant sera une récompense suffisante. J'adore déjà voir la marquise sursauter quand j'arrive. Elle sue la peur, elle transpire et trempe ses robes. Elle ne sait pas le tiers de la vérité, mais elle a l'intelligence d'avoir peur.

La folie, surtout. Tout ce que je voudrais, c'est être un rossignol, pas un aigle. Et ce chieur de Francesc qui insiste. Je sais bien que tous vont abuser de moi, vont vouloir me tromper, me manipuler. Et je les laisserai faire parce qu'au fond, vraiment, c'est moi, qui les manipule.

Chienne de vie.
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MessageSujet: Re: On ne plaint jamais assez les petits enfants riches   Sam 10 Sep 2011, 09:31

Samedi, dixième jour de septembre de l'an de grâce mil-quatre-cent-cinquante-neuf.
Encore cinq-cents ans et des poussières avant la fin du monde.

Je me réveille dans un lit qui n'est pas le mien et souris immédiatement. Je ressens la châleur d'un corps à mes côtés. J'ai envie d'être aimable avec tout le monde, aujourd'hui. Enfin, ça durera jusqu'à ce que quelqu'un m'agresse, 'faut pas rêver non plus. Des cheveux me chatouillent le nez et me donnent envie d'éternuer, mais je me retiens pour ne pas devoir retirer ma main en coupe de ce sein rond. Elle m'avait dit que je dormais toujours plus longtemps qu'elle... visiblement, pas cette fois. Je presse un baiser fervent sur son front. Des rouge-gorges piaillent dans leur nid, sous la fenêtre. Ils ont du me tirer du pays des songes. Ma Morphée est vraiment d'une beauté époustouflante.

Je m'extrais du lit et renonce à faire mes prières. Je ne suis pas malhonnête et ne tiens pas à demander le soutien du Créateur alors que ma peau a encore l'odeur du péché. Il faudra que je me confesse. Un jour, avant de risquer ma vie. J'enfile mes vêtements de la veille, remet rapidement mes cheveux en place et sors sans un bruit, refermant la porte derrière moi.

La cuisine n'est pas la même que chez moi, mais je la connais assez pour m'emparer d'une orange, de quelques prunes et de biscuits sablés. J'emporte le fruit de mon larcin dans sa chambre. Ce matin, je n'ai pas envie de courir. Je préfèrerais de loin faire une autre sorte d'activité physique, si elle le veut bien. Peut-être que le repas va la convaincre ? Je devrais inventer un poème de situation...

J'ai une vague pensée pour mes devoirs du jour. Les rapports vont bientôt arriver. Ma Maison a recruté deux familles de plus et a fait une offre a deux "brigands". Deux autres familles réfléchissent à la proposition. Un jour, nous serons prêt à restaurer notre honneur. Il faudra que je me trouve un porte-parole mais, pour l'heure, j'ai d'autres projets pour ma langue.

Réveille-toi, m'amie, le jour est presque chaud.



Autre jour, autre humeur ?


Je pense que lorsque je l'ai quittée, celle que j'aime était vraiment heureuse. J'ai appris quelque chose d'utile sur les femmes, aujourd'hui. Ca pourra me servir. J'aurais tant voulu rester plus longtemps, mais... chacun de nous a des obligations.

La journée a été longue et ennuyeuse. Le travail n'a pas cessé : chevaux, escrime, lutte, droit. J'ai convaincu un serf local de se mettre à mon service. Une serve, plus particulièrement. Elle voulait clairement me proposer le genre de services dont je n'étais pas vraiment demandeur, mais n'avait pas l'air d'une ribaude, ce qui tend à prouver que je pourrai lui faire confiance quant à son dévouement. Et puis, elle pourra me tenir chaud à bord de la galère, si elle insiste. Elle semble intelligente et pourrait être adoptée, à terme.

Une bonne journée, globalement.
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MessageSujet: Re: On ne plaint jamais assez les petits enfants riches   Lun 12 Sep 2011, 21:58

Lundi douze septembre de l'an mil-quatre-cent-cinquante-neuf. Temps de grandir.

Grand, Je le suis déjà. J'ai retiré mon armure pour me regarder dans le miroir en étain. J'ai du grandir vite, trop vite. La mort de mon père m'a cueilli à douze ans à peine. Je venais de commencer à pousser. Rapidement, je suis devenu plus grand qu'il ne l'était. Il faut dire qu'il avait typiquement le physique du montagnard alpin ou pyrénéen : petit, brun, trappu, le cuir épais et une grande gueule. Le miroir me renvoit la cruelle vérité : je suis plus grand, presque un géant, mais sans mon armure j'ai surtout l'air frêle d'un cheval maigre. Mes épaules restent celles d'un enfant, malgré la musculature de guerrier. Un grand gaillard dégingandé avec un cou trop long et maigre comme un hibou déplumé. Le temps doit encore travailler pour épaissir cette grande carcasse qui m'a fait un mal de chien à me pousser.

J'ai eu de la chance si on considère mes contemporains. Mes ancêtres ont échappé à la Grande Peste, j'ai reçu une bonne instruction et n'ai jamais souffert de la faim. Rare, même pour un noble, dans ces régions ravagées par les rapines et les raids angloys et bourguignons. Ma famille s'est beaucoup déplacée pour s'assurer que je ne manquais de rien. J'ai évité les hivers trop rigoureux et les sécheresses caniculaires. J'ai mangé de la viande en abondance, de façon presque quotidienne : un luxe incroyable qui, je pense, ne se retrouve que chez les plus puissants princes - et encore -.

Ma santé, contrairement à celle de mon père, est excellente. Je suis gâvé de lait, de miel et de fruits offerts par un peu tous. Je ne les ai jamais vraiment remercié de leurs tributs, pourtant. Je n'ai contracté ni le mal de poitrine, celui qui fait cracher du sang, ni la fièvre des marais, ni aucun de ces fléaux qui cueillent même les plus forts en apparence. Jamais de rhume, ni fracture, ni malédiction. Je suis simplement né sous une bonne étoile. Mon sang venant d'un peu toute l'Europe du Sud et du Nord, je suppose que le mélange a été heureusement harmonieux. Dans mes yeux, des paillettes bleutées rappellent des cousins Normands, sans doute bâtards des Vikings. Il est maintenant évident que, si je ne meurs pas à la guerre, je deviendrai dans trois ou quatre ans un véritable modèle pour les sculpteurs.

La femme que j'aimais m'a fait l'amour de formidable façon, hier soir. Sur son bureau. Aujourd'hui, elle a voulu me donner une leçon. Elle a prétendu être enceinte, juste pour me secouer. Un peu comme lorsqu'on plonge le nez d'un chiot dans ses excréments, pour lui apprendre à être propre. La leçon a porté. Plus tard, nous nous sommes disputés. Il fallait bien que ça finisse d'une façon ou d'une autre. J'emporte avec moi un morceau de sa robe, imbibé de son parfum. Il me rappellera le pays de la lavande lorsque je serai dans celui des pierres dressées.

Je me regarde dans le miroir et me trouve laid, presque grotesque, sans cape, ni col, ni armure pour épaissir mon cou ou mes épaules. On me dit pourtant beau. Mais ne serait-ce pas flatterie ? Je ne sais pas. J'ai quatorze ans et, comme tous mes contemporains, je suis passé de l'enfance à l'âge adulte en un claquement de doigts. Jusqu'à douze ans on reste dans les jupes de sa mère. A quatorze on est responsable devant les hommes et le Très-Haut, près à offrir sa vie à son seigneur et à faire des enfants. C'est rapide, brutal, cruel. Aussi soudain et mal défini que la puberté. Qu'un seul des facteurs apparaisse - voix grave, larges mains, corps difforme ou couvert de poils - et l'on devient adulte, bon pour le service armé et l'impôt.

J'ai quatorze ans. Je ne comprend pas mon charme. Je me trouve laid. Je serai beau comme un dieu païen. Je suis fort et grand. Je me sens petit et insignifiant. J'ai peur, j'ai faim, j'ai mal. Envie de crier ma haine, de cracher ma souffrance au monde. Envie d'enlacer et d'être embrassé. Besoin d'aimer et de haïr, de rejeter et de saisir. Je sais que je suis le meilleur, mais je n'arrive plus à me concentrer. J'ai envie de rêver, de voyager, de me perdre dans les nuages. Je préfèrerais conquérir les bras des femmes que des pays, remporter des sourires que des élections. Je veux me battre et j'ai horreur du sang. Je veux être un héros et n'être plus rien. Rester caché. Manger du canard rôti chez maman.

Je ne veux pas être comte, général ou capitaine. Je veux qu'on m'écoute et qu'on m'aime. Je ne veux pas qu'on m'accorde des passe-droits, qu'on jete à mes pieds des baronnies et des marquisats. Je veux qu'on reconnaisse mon droit de gagner des éperons d'or ou une seigneurie. Je veux juste qu'on dise que j'ai bien agis, que je peux continuer et progresser. Qu'on m'offre des chiens et des médailles, des vêtements et des citations, pas des grades, des titres et des privilèges. Je veux gagner moi-même ma propre vie, pas à pas, plutôt que d'être porté de loin en loin.

Je veux qu'on me respecte comme un adulte méritant en public et qu'on m'embrasse comme un enfant en privé. Et non être traité comme un enfant et embrassé comme un adulte.

Au fond, je ne sais pas vraiment ce que je veux. Je pleure en silence sur l'image brisée que je me faisais de mon père. Je me recroqueville dans mon lit avec mon chiot dans les bras. Que toutes les femelles de la terre soient maudites.
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MessageSujet: Re: On ne plaint jamais assez les petits enfants riches   Mer 14 Sep 2011, 21:31

Mercredi quatorze. Les choses se précipitent.

Mes projets sont en danger. Je dois avancer les choses sans rien précipiter, avertir plus de monde qu'il ne faudrait. Mes entrevues avec les élites de l'Empire se sont très bien déroulées : une paix durable et une alliance militaire sont possibles.

La guerre civile à Gênes ne facilite pas mon travail, la situation en Provence est épuisante et la guerre au Ponant mobilise mes ressources personnelles. Les réformés pourraient être dangereux si je ne suis pas assez "subtil", comme dit Hersende.

Celle-ci a arrêté de trembler à ma vue pour dialoguer de façon constructive et réaliste. La situation a du lui faire comprendre que je n'étais pas si fou que ça.

J'ai obtenu de nombreuses promesses de soutien, mais combien seront tenues ? C'est un pari risqué, même si le jeu en vaut la chandelle. Les puissants ne soutiennent que les forts, pas les perdants. Si je remporte cette bataille, je n'aurai plus qu'une seule victoire à conquérir, un siège de longue haleine. Je ne suis pas certain d'y être préparé, mais je n'ai pas forcément le temps.

J'espère vraiment que cette épouse ne sera pas trop moche.
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